Vous vous trouvez ici: Lumière - Light ou les 4 B  

LUMIÈRE

Light

Ce ballet bruit encore et est encore tout chaud puisque vu tout tout récemment (ce jeudi 04 Octobre 2001 au Palais des Congrès à Paris).

Il est dédié à la Lumière, aux artistes Barbara et Jacques Brel, aux frères Lumière, à la couleur, aux couleurs de la vie, à l'amitié, à l'amour, tout ce qui fait une vie : la solitude drapée dans son long manteau blanc, la joie, la fin et bien entendu le recommencement incarné en cet enfant blond qui surgit sur scène, saisit le micro et demande qu'on lui dessine un mouton.

Il y a cette douceur délicate que les danseurs nous offrent pas à pas, et cette musique qui résonne et qui se parle : toutes ces belles chansons qui se répondent, se perpétuent.

Puis bien sûr, cette terrible quadrature, ces quatre B (Bach, Barbara, Brel et Béjart) déjà indépendamment très poignants, et qui ensemble nous cernent non pour nous piéger, mais pour nous éblouir et nous redonner l'instant d'un ballet ces présences qui ne sont plus :

Barbara et Brel.

Béjart dont la voix retentit dès l'ouverture, évoquant la bible où apparaît la Lumière :

"Que la lumière soit !".


 

Bach

Bach ouvre alors le ballet avec cette messe inoubliable, cette Messe en Si ..si, si... grandiose et lumineuse qui laisse planer son "Kyrie" sur des corps encapuchonnés dans des drapés noirs qui se meuvent délicatement (comme dans le ballet Pyramide) pour s'ouvrir enfin face au public, face au miroir qui "remplace l'image de la divinité dans les temples shinto" nous dit Béjart.


Barbara

Apparaît ensuite Barbara sur un grand écran, à nous regarder et nous parler, à se rendre vers ce fabuleux piano noir.

Et cette voix enfin qui monte et nous chante l'amour, l'être aimé ("mon amour, mon beau, mon roi..."), ces merveilles du monde créées par la "main de Dieu ou du Diable ou les deux à la fois ?", cette lumière blonde qui jaillit, cet aigle noir, ces fleurs, cette rose que chacun respire.

Barbara qui marche sur la plage ou nous contemple depuis Venise.

Cette présence, cette "aura" humaine qui est là et nous dit que sa plus belle histoire d'amour c'est nous.

D'ailleurs Béjart l'interpelle, la rassure se tourne vers son image et désignant le public s'exclame "Regarde ils sont là pour toi !".

Il est dit aussi, "Dieu guide vers sa lumière qui il veut",
et nous suivons cette lumière qu'une danseuse maintient dans ses mains,
dans ce verre où vacille la flamme allumée à un arbre béni,
l'olivier qui ne vient ni de l'Orient ni de l'Occident
et dont l'huile maintient le feu sans pourtant le toucher.


 

Brel

Il y a Brel qui se saisit de la Rose pour la décliner dans ce plus vieux tango du monde.

Brel qui nous conte son plat pays enfin chanté en Flamand tandis que les danseurs tout de gris vêtus marchent délicatement sur place, font mine de se déplacer alors que Gil Roman qui l'incarne apparaît un vélo à la main, l'enfourche et se déplace parmi eux.

Le printemps est annoncé et la voix de Brel "chaude comme la tendresse" (comme le di ces très belles paroles tirées de cette magnifique chanson "Une Île" : d'ailleurs ce ballet est cette île que nous chante Brel) retentit alors que les couleurs gagnent la scène. Puis bien sûr survient cette valse qui unit les couples, elle (interprétée par Christine Blanc) et lui (Doménico Levré) et Elle (Barbara incarnée par Élisabeth Ros) et Lui (Jacques Brel), et tous les autres couples.

la lumière appelle celle-là qui nous procure ces émotions si particulières tandis que nous sommes enfermés dans une salle noire à lever nos regards vers cette projection lumineuse qui scintille et nous raconte des histoires. Le cinématographe bien sûr ! Dont le nom est scandé par les danseurs, qui disent ensuite ce qu'il était dit jadis à son propos. Que son avenir était sans avenir peut être réservé aux foires et aux cirques.

Béjart appelle les frères Lumière, Auguste d'abord (vêtu comme le clown blanc) et Louis plus farfelu, lâche le nom de Fellini et nous cite ces titres inoubliables qui font l'histoire du cinéma (la terre tremble, la comtesse aux pieds nus, à bout de souffle, Et Dieu créa la femme.....).

Sur l'écran ces images qui signèrent la naissance du cinéma : La "sortie d'usine", "l'arrivée du train à la Ciotat", et "le repas de bébé".

Soudain, cette trouvaille émouvante et spectaculaire: cet acteur muet incarné par Juichi Kobayashi, brillant danseur qui danse tandis que les frères Lumières font mine de le filmer. Sa variation apparaît simultanément sur l'écran derrière lui. Le danseur réussit cet exploit d'être en phase avec son image. Pas de décalages. Juste cette émotion de voir et cette image tremblante à la façon des vieux films et ce corps vif et prodigue danser sous nos yeux. C'est magique. Plus tard cet acteur muet retrouve son image dans un autre danseur (Keisuke Nasuno également techniquement très fort) qu'il retrouve et avec qui il danse avec bonheur et complicité. Un moment fort.

Il y a tous ces danseurs et danseuses (qu'il faudrait citer tous !), ces variations amples et belles empreintes d'une douce...douceur où chacun soigne sa courbe, son pas, ses attitudes, ces instants qui se figent qui font dire à ce "grand poète allemand Goethe : arrête toi instant, tu es beau", ou à Brel une valse à mille Temps.

Il y a cette danseuse (Elisabeth Ros) qui interprète Barbara et qui danse un magnifique solo qui a valu dans tout le Palais des Congrès un de ces silences singulier où chacun se sent uni par une respiration identique, une concentration commune.

Il y a cet enfant qui apparaît au finale, parce que tout recommence aussi, parce nous héritons de la terre des enfants, enfant qui nous dit qu'on "ne voit qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux".

Et cela me paraît bien être là une parole toute dédiée à ces deux autres enfants amoureux, Barbara et Jacques Brel, qui ont chanté du mieux qu'on peut chanter, l'amour et le cœur.


 

La Rose...

Béjart

Et enfin il y a Béjart qui est sur scène, qui n'y est pas en qualité de présence mais qui y est parce c'est là qu'il Est à nous raconter des histoires que nous aimons ensuite nous raconter à partir des nôtres.

Il danse parfois, à être parmi et avec ses danseurs, de la fête, en communion avec cette sœur et ce frère que furent Barbara et Brel. Un moment il déclare que plus il approche de la fin plus il a envie de danse, de "beaucoup plus de danse".

Pour finir ce propos à la "il y a", chaque danseur arrive sur scène avec un petit poste de télévision où j'ai cru deviner (j'étais placée tout au fond la haut) des images de Barbara, les pose par terre, s'enroule de ce drap jaune comme la lumière du soleil pour ne laisser entrevoir que leurs formes, à bouger ainsi tandis que cette belle chanson "la plus belle histoire c'est vous" résonne.

Le finale ressemble beaucoup au finale d'une variation du ballet le "Presbytère n'a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat", où au son de la "Bohemian Rhapsody" tous les danseurs font face au public et lèvent doucement leur bras vers nous en tenant le drap contre leur corps comme pour nous confier encore tout ce que nous venons de voir et vivre par la magie de leur art, nous laissant devenir gardien de toutes ces choses indicibles, invisibles que les yeux n'ont pas vues mais que le cœur a bien reçues.

C'est un ballet riche en émotions et sensations douces et profondes, où les chansons et la musique de Bach (Jean-Sébastien et Carl Emmanuel) se sont alliées pour nous dire tout cela qui est reçu dans cette lumière belle et colorée, dans cet espace gigantesque où le recueillement s'est fait.


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