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PYRAMIDE |
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Le Voyage...
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Présenté au Palais des Congrès en 1990, Pyramide est... un conte, un livre ouvert pour qui sait (et à la rigueur ne sait pas...) lire sur l'Orient, une invitation à une contemplation à la fois grave et sereine, un voyage sur un monde passé et en devenir, une épopée sur nous mêmes.
Il s'ouvre sur des formes humaines emprisonnées dans une sorte de linceul noir, qui s'éveillent, s'animent doucement, s'étirent, s'allongent sur des cubes blancs , modèlent enfin des attitudes sculpturales tandis que la musique monte doucement tout autour d'elles.
Le ton est donné... Des formes noires sur un fond blanc. Contraste utilisé dans Malraux et la Métamorphose des dieux et plus tard dans le Presbytère, augurent ce ballet qui aboutit au finale sur la Lumière en personne.
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Le Voyageur...
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Survient un voyageur (un wanderer, interprété par Darius Grandisson et parfois par Béjart),
Dhû-L-Nûn Al-Misri , soufi égyptien, à la fois alchimiste et mystique, bâton à la main, traverse la scène et la met en scène justement en scandant la mesure avec ce bâton qui est en fait le personnage le plus important du ballet. Tout bouge en effet autour de lui, et lui bouge autour de tout le monde.
Aux extrémités de la scène, s'élèvent peu à peu des pyramides.
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L'Egypte pharaonique
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Bercé par le flux de vagues, de silences, passagèrement interrompus par un coup donné du bâton sur le sol: une sorte de battement de cœur discret et calme sur un fond musical sublime (d'inspiration orientale), un jeune Pharaon "image de la divinité" descend la scène, digne et fier .
Autour de lui les ombres s'agitent et forment une barque à la tête de laquelle il se place.
Barque solaire et ses cycles incarnés dans ces deux grandes roues. Une roue dans laquelle se tient un homme, Une autre où se trouve une femme.
Suit une variation sublime où l'homme et la femme s'extraient des roues, se rejoinent et parviennent en dansant à un degré de dépouillement de soi simple et subtil:
"celui qui effleure du regard, de la main le miroir y contemple la Face" est-il dit.
Il y a eu de cela dans cette variation. Le Dedans mis au dehors pour être vu de nous.
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La Rose
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Dans cette épopée, il y a l'avant et après Napoléon : la vallée du Nil, le monde que fut l'Égypte ancienne, l'arrivée des Grecs avec Alexandre le Grand, les danses dionysiaques, l'influence Perse, la Rose et Dhû-L-Nûn - incarnation passagère et permanente de cette Énergie diffuse et essentielle (appelée, selon qui l'appelle: dieu, religion, Cela..) qui dirige constamment le disciple qu'il choisit, brusque, ...abandonne, ...retrouve
Evoquer tous les instants qui font ce ballet c'est forcément oublier des détails, des éléments décisifs de pur bonheur.
Comment expliquer cette joute chorégraphique entre le Pharaon et le Grec Alexandre (Göran Svalberg) ? Comment évoquer cette danse superbe que nous prodigue Juichi Kobayashi (le disciple) qui donne tout, dès son apparition. Comment expliquer ce voyage qui fend les siècles avec ce disciple pour parvenir jusqu'à nous ? Comment expliquer que c'est lui, le disciple, le héros qui traverse les hommes ivres de joie (Dionysos, l'ivresse, l'extase, Michel Gascard ...) ou en guerre contre l'autre, contre lui-même.
Un spectateur à mes cotés s'est exclamé "il y a des longueurs !", mais dieu, comme elles étaient agréables ces longueurs : le temps suspendait enfin son vol et nous nous étions là ensemble, silencieux à profiter de cette trêve qui nous donnait à voir des choses sublimes : une rose, des miroirs, ce doublage constant de l'un et l'autre, cet affrontement avec l'autre.
Un moment les danseurs ont constitué une forme géométrique, (ésotérique ?) chacun étant relié par une bandelette créant une chaîne autour de Gil Roman rejoint par le disciple, drapé d'un manteau vert, qui embrasse le ruban qu'on lui tend et le porte sur son front. Ensuite il y eut ce solo magnifique.
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Oum Kalsoum
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Vient la Guerre et une voix qui s'èleve et envahit tout : Oum Kalsoum (que je ne connaissais pas : j'ai oum kalsoumé de longs mois durant ensuite...). Oum Kalsoum qui vibre et dont le chant continue de monter et qu'on reçoit boulversés. Oum Kalsoum qui apparaît sous les traits d'une danseuse fine, lunettes noires, les doigts baguées qu'elle tend ça et là pour recueillir des baisers.
C'est un fait: La bande sonore porte superbement le ballet.
On y entend la MER. Et c'est normal, car la mer brasse tout ce qu'elle touche or ce ballet nous raconte une histoire de brassage culturel, un brassage de civilisations, d'hommes et d'énergie tempérée d'un pénétrant SILENCE.
S'éleve ensuite cette musique cadencée de majestueuses modulations dues au Zarb, seul instrument à percussion utilisé dans la musique traditionnelle iranienne.
La neuvième de Beethoven annonce Bonaparte (Martin Flemming) monté sur un grand cheval blanc. Puis des voix montent doucement, s'interpellent et emplissent tout l'espace et le temps,
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Lumière.
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A la fin du ballet tous les protagonistes touchent le bâton avant que le voyageur le confie au disciple. Le voyage peut ainsi légitimement se poursuivre, le bâton est parvenu aux mains du nouvel élu, nous menant jusque vers cette illumination finale où l'élu en personne flamboie sous nos yeux .
C'est un ballet sur la lumière qui inonde tout, tout le monde et précisément au finale, le disciple; qui la reçoit en plein visage.
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Epilogue
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C'est un ballet, où, pour une première fois, la mort n'apparaît pas ouvertement (ou alors je n'ai pas su la voir) : elle est contenue dans la violence qui s'exprime au travers de certaines attitudes, de certaines variations, ces armes qui apparaissent sur scène et qui la suggèrent avec force, mais elle n'explose pas comme dans la "Mort subite" et n'a pas cette présence obsédante, criarde.
Je ne me souviens pas non plus de corps étendus à terre, immobilisés comme dans la plupart des ballets conçus par Béjart.
Il reste une très grande oeuvre que j'espère bien pouvoir revoir encore une fois, car malheureusement je n'ai vu ce ballet qu'une seule fois. Cependant , une création récente intitulée "la route de la soie", semblerait bien lui ressembler (les interprètes changeant et les moments changeant, l'œuvre change aussi sans discontinuer).
A suivre donc.
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Izoland
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