
II. Un champ d’application large
III. Un champ qui comprend également l’entreprise
IV . Une expression d’abord d’origine américaine
VI. La culture d’entreprise du point de vue de la Psychologie sociale
Une évidence s’impose d’emblée : le concept de culture a suscité de nombreuses confusions et permis toutes les interprétations possibles durant cette dernière décennie. En 1952, A.L. KROEBER et C. KLUCKHOHN dans Culture: a critical review of concepts and definitions, se sont penchés sur cette délicate question et ont recensé des publications spécialisées dédiées à ce domaine depuis 1871, (date de parution de Primitive Culture de TYLOR), un peu plus de 300 définitions différentes de la culture !
Ethnologues, anthropologues, sociologues et psychosociologues, en font de surcroît un usage assez fondamentalement différent, ce qui contribue à brouiller davantage sa signification. Ces multiples interprétations procèdent vraisemblablement de la dimension universelle du concept lui même qui est à la fois générale et spécifique. Aussi, il n'existe pas d’accord commun quant à une définition, une formulation simple, car quelque soit son sens, la culture ne se développe pas en vase clos. Le terme "culture" ainsi rebattu, n’admet pas en ce qui le concerne, une caractérisation, une définition unanimement admises. Cette confusion ne tient pas au langage lui même mais au déploiement sémantique qu'a connu ce mot depuis ses origines.
Son évolution témoigne de nombreux changements. A l'origine, le mot rappelle le traitement réservé à la terre (qu'on cultive), et donc atteste l'activité qu'elle suscite auprès des hommes. Elle signifie les rapports directs des individus avec elle, plus exactement avec les multiples états naturels. Dans ce contexte, la culture suggère un acte humain finalisé et physique et traduit la longue chaîne qui unit les besoins et le travail, les intérêts et leur satisfaction. Elle témoigne donc d’une volonté proprement humaine de saisir un contenu substantiel pour le déposer et le traduire dans une forme extérieure façonnée et créée par l’homme. C'est par la culture, que l'homme tout en s'arrachant à la nature (parce que par ce moyen signifie sa condition et situation particulières dans la réalité naturelle), tire ses produits au travers d'un travail d'invention permanente qui en retour crée et génère des actes contre nature qui deviennent "force de loi". L’homme éprouve alors le sentiment de reconnaître dans tout ce qui sert à son usage, dans tout ce qui l’environne, ses propres créations.
Au XVIIIe siècle, parallèlement au concept de civilisation auquel il est associé, le terme de culture connaît une extension significative. VAUVENARGUES et VOLTAIRE préludent à son emploi et lui attribuent une signification philosophique qui fait écho à une vision optimiste et idéaliste de l'homme. Dans cette nouvelle acception, la culture réduit le monde à l'humain et confirme la primauté de la raison. De cette manière le monde est conçu, construit et organisé conformément à la raison humaine et amorce sa séparation d'avec la nature : le monde est l'œuvre des hommes et l'ordre humain n'appartient plus à l'ordre naturel ou/et divin, aussi, "le monde social est à coup sûr la création de l'homme" [G. VICO] . A ce titre, la culture caractérise l'effort pour produire une autre forme à partir d'une forme première donnée immédiatement. La conscience ne peut que refuser la nature donnée parce qu’on ne désire que ce qui n’est pas donné, ce qui manque, la présence d’une absence. De ce refus, de cette négation va alors jaillir la culture. Cependant, la définition selon laquelle la culture est ce que l’homme ajoute à la nature montre l’impossibilité de séparer les deux notions puisque la définition les réunit.
Si la culture implique l’invention de règles alors la diversité en sera son critère. Aussi, la spécificité de la culture, de l’humain tient aux instruments dont l’homme se sert, au milieu social qui l’éduque, le sert tout en le contrôlant, et au langage qui lui permet de communiquer, de penser avec, de produire des concepts rationnels ou idéologiques. De même, l’ambiguïté de la culture tient à ce qu'elle exige un contrôle des stimuli, des appétits et donc la limitation de l’indépendance, ce qui autorise une vraie liberté, par la règle, l’observation de la loi prescrite. L’homme dans la négation du donné intérieur et du donné extérieur cultive la terre et se cultive en travaillant: il est celui par qui un sens du monde advient dans l’écriture de sa propre vie.
Dans la Critique de la raison pure, Kant proclame que "Le réel (ce qui a une existence de fait) ne contient rien de plus que le simplement possible" . L'homme explore ce domaine du possible et au travers des opérations qu'il fait qui réussissent et qui sont reproduits, il raffermit sa maîtrise sur la nature et donc son détachement à son égard, mais aussi son propre déterminisme. Le caractère collectif de la nature assure à l'homme une intelligence synthétique du monde. De cette manière, la culture connote positivement l'homme et le libère des contingences extérieures. Chacun découvre ses limites et prend connaissance de lui même et de son environnement. A ce titre, est supposé cultivé celui qui fait preuve d'une certaine maîtrise intellectuelle et physique, aussi comme le déclare HOBBES "Culture is the training and rafinement of minds, tastes and manners". La culture est source de puissance.
Ainsi elle ne résulte plus du travail créatif de l'homme sur (et par rapport) à la nature, mais d'un travail constant de dépassement de sa personne, d'un effort rationnel et subjectif sur lui même. Si cette activité demeure intra-individuel et concerne le système cognitif, (il s'agit en effet de modifier l'esprit humain), le cadre d'action reste pour l'essentiel déterminé et collectif.
Le lien entre un individu "civilisé" et un individu "cultivé" se réduit. Il s'agit pour l'individu d'adopter un certain comportement qui collectivement démontre cette maîtrise de soi par la raison. L’homme se tient ainsi au-dessus des contingences et de la réalité extérieure. Loin de s’identifier à elle, il s’en distingue et s’en sépare. Au travers de la culture, il témoigne d’une capacité à s’objectiver et à discerner.
Cette suprématie de la rationalité humaine édifiée aux XVIIe et XVIIIe siècles connaît quelques revers, en particulier par l'affirmation d'une idéologie de l'homme naturel. Ce courant dit naturaliste restaure en effet l'action, car comme l'atteste DIDEROT, "l'homme naturel est fait pour peu penser et beaucoup agir".
Avec le déploiement de la technique et plus tard de la technologie, la culture devient rapidement un objet scientifique et connaît une conceptualisation théorique plus ample au travers de l'anthropologie. En qualité de science de l'homme, elle paraissait enfin indiquée pour étudier les pratiques humaines, à interpréter et à en chercher le sens caché et profond. Ainsi, selon les orientations théoriques du moment, la culture a connu une formalisation diverse et prodigue. Intéressant proportionnellement autant l'individu que le groupe, le concept s'est ainsi répandu dans le champ social pour nommer plus généralement une "civilisation" et un "héritage social". L’usage du terme "culture", dans ce sens, a tout d’abord paru en Angleterre, en Allemagne au tout début du XIX et ensuite en France au XX° siècle. Dés lors, la culture définit une matrice sociale au sein de laquelle se nouent les relations sociales, des modèles de comportements qui induisent et engendrent ce que les anthropologues appellent une " personnalité de base ". Une confusion s'est d'ailleurs glissée entre le concept dédié à la civilisation à celui dédié à la culture. Et cette notion de personnalité tranche la question. Car si une distinction est à faire, elle pourrait se traduire dans le champ que chacun des deux concepts enveloppe. La civilisation revêt un aspect plus universel, tandis que la culture est davantage personnalisée : elle reflète un ensemble d'opérations personnelles qui se transmettent et font valoir des valeurs spécifiques qui caractérisent un groupe, un collectif.
En qualité d'incarnation du sens humain, la culture occupe une grande place dans notre société actuelle (qu’elle ait communément trait au domaine artistique, littéraire et scientifique ou qu’elle s'adresse aux organisations et aux institutions). Elle est une référence fréquemment citée et acquiert un caractère de plus en plus mobile à l'image des évolutions scientifiques, technologiques dont est témoin notre monde ; ne parle-t-on pas de "révolution culturelle", de "mutation culturelle" ?
Ce rapide et bref panorama des mouvements et parcours dédiés à l'évolution du concept de la culture trouve aujourd'hui un écho retentissant auprès des sciences de l'organisation consacrées aux modes d'organisation structurelles et fonctionnelles des entreprises quelles soient industrielles ou de services.
L'entreprise n’est pas épargnée par cette emprise culturaliste. Elle se découvre des vocations nouvelles et contrastées. L'excellence et les métiers, l'homme et ses motivations, font en effet le pendant d'un intérêt pour la cité avec les gammes de l'entreprise citoyenne confrontée à l'exclusion, aux problèmes d'environnement, au développement local.
En un temps extrêmement bref, on a ainsi vu apparaître différents thèmes et termes nouveaux : projet d'entreprise, management participatif, éthique, qualité qui se réfèrent à une nouvelle intelligence du phénomène "entreprise", au travers de son histoire, ses valeurs et de façon plus globale et synthétique à sa culture.
Désormais, jusqu'alors occultés, la logique de l'honneur , l'interrogation sur l'âme de l'entreprise habitent des espaces inhabituels où régnaient en maîtres mots: l'économie, la finance, la technique, le commerce, l'industrie. Pris entre responsabilité strictement économique et responsabilité humaine et sociale, des dirigeants s'interrogent désormais sur leur rôle, leur motivation, leurs pratiques et leurs valeurs.
Confrontés à des aspirations et à des questions plus ouvertes et complexes que jadis, des chefs d'entreprise vivent douloureusement les injonctions d'efficacité totale lorsque toute leur culture professionnelle les a entraîné à en éliminer les "états d'âme". De plus, les ordinateurs, les machines, les méthodologies et les instruments technologiques semblent avoir leurs lois propres, systématiques, mécaniques en rapport avec des "sciences du management" qui ont instrumentalisé les hommes.
De ce fait, une refonte des modes de compréhension de l'entreprise dans ses aspirations et fonctionnement a paru nécessaire. En tant qu'incarnation du "sens de l'humain" (voir les approches du philosophe et chef d'entreprise Gaston Berger sur ce thème : "L'homme moderne et son éducation" PUF,1962), la culture a paru présenter un élément de réponse à ces multiples interrogations. C'est ce repositionnement vis à vis du sens donné et acquis au sein des organisations entrepreneuriales qui a permis l’éclosion formelle de la culture d’entreprise.
Ayant progressivement découvert que l’entreprise était dans son fonctionnement sous la dépendance de la dynamique des individus et de la dynamique des rapports de ces individus, il est apparu qu’elle construisait ces rapports et leur donnait du sens, qu'elle était pourvu en plus de ses structures, d'un supplément "d'âme", qu'elle possédait un esprit subjectif, dès lors une culture propre. Celle-ci, en raison de la variété du contexte social et économique a connu un essor important. De plus, l'émergence des questions de sens, au travers de différentes préoccupations qui font référence aux valeurs humaines et à l'engagement des responsabilités, a entraîné à découvrir que Diriger, c'est donner le sens.
C’est une des raisons pour lesquelles, les dirigeants d’entreprise ont cherché à développer une vision de l'entreprise qui s'y prête, en l’occurrence une vision culturelle ou culturaliste. L'entreprise sous entend un acte d'entreprendre, un acte humain par excellence. On entreprend ce qui en vaut la peine ce qui à de la valeur pour des personnes pour une cité, une société.
Entreprendre conjointement c’est prendre collectivement le chemin de réussir qui passe par :
En raison des exigences de plus en plus variées et complexes du marché, de l'environnement direct et indirect, la pensée concernant l'entreprise a évolué, passant d'une forme linéaire à une forme plus complexe, c'est-à-dire globale et globalisante. Cette nouvelle approche a poussé les décideurs à créer un climat, un champ de communication jusque-là assez inédits. En fait, pour chaque entreprise la résolution des problèmes et le fondement de sa stratégie se sont posés autrement. Comment concrètement manager l'entreprise d'une façon pertinente, cohérente et performante en considérant ses spécificités ? Comment Maîtriser le Sens dans l'action au travers de structures et de fonctions qui doivent trouver leur unité dans la vocation de l'entreprise, dans la diversité des acteurs, des activités et des moyens d'action et du temps imparti qui se réduit souvent (ne doit on pas rendre désormais des dossiers "pour hier" ) ? Comment maîtriser et maintenir tout en évoluant un système d'information pertinent, intelligent ? C'est alors résoudre pratiquement l'intégration de la détermination des finalités humaines et des moyens efficaces d'y satisfaire dans une dimension multiple, une dimension dès lors culturelle .
Clé de toute responsabilité, comprendre, orienter, agir sont les trois registres où l’art d’entreprendre s'effectue. La rationalité seule ne suffit plus à légitimer l'action et son management. Devant la complexité du marché, des modes de communication, la gestion plus grande des données internes et externes de l'entreprise, toute action pour être désormais maîtrisée doit être rattachée à un sens, (ou un réseau de sens) précis et justifié, avant d'être profondément maîtrisé.
Pour cela encore faut-il redéfinir cette notion de Sens qui devient si cruciale et se doter des moyens de pensée et d'action pour développer et posséder un nouveau niveau de maîtrise des entreprises humaines. Or la Culture d’entreprise en offre la première véritable réponse qui soit complète, cohérente et opérationnelle. C'est elle qui a permis d'élaborer le concept d'entreprise citoyenne et d'échafauder une conception et des méthodes pour la mettre en œuvre. Pour répondre aux questions auxquelles l'entreprise fait face, il est fait appel à un nouveau niveau d'évolution du management, plus profond, plus global, plus intégrateur, qui se retrouve en ce thème générique de "culture d'entreprise" hautement galvanisé durant les années 90.
Les nombreux titres et commentaires parus durant cette période, dans la presse écrite en témoignent: "le contrecoup d'une modernisation accélérée: de la Poste à la SNCF en passant par EDF, ce sont deux millions de salariés qui redoutent la nouvelle culture d'entreprise imposée, au nom de la concurrence, par Bruxelles."( Libération, 19 novembre 1992). Ou encore à l'occasion de l'introduction de nouveaux produits et de nouvelles technologies, dans les groupes PSA et FIAT, la presse titre immédiatement "la nouvelle philosophie industrielle et sociale de PEUGEOT", avec en sus un petit commentaire sur sa culture jugée "traditionnelle". (Le Monde , 29 octobre 1992).
La culture fascine, au point que, désormais, lorsqu'un problème surgit, quelque soit sa nature, et quelque soit le domaine concerné, elle est citée, à la fois comme cause (d'immobilisme notamment) et comme remède.
Il est intéressant de remonter à la source de cet essor culturel appliqué au monde des affaires, à la fois dans les textes théoriques et dans son approche concrète.
La culture d'entreprise a été mise à jour, commentée et présentée comme une innovation de grande portée, aux États-Unis, au début des années 80. Cela au travers de nombreux écrits qui ont suscité un vif intérêt. La culture d'entreprise y est initialement présentée comme un facteur de réussite. Elle est définie comme :
"un modèle d'assomptions de base, qu'un groupe donné a découverts, inventés et développés en apprenant à faire face aux problèmes d'adaptation externe et d'intégration interne, qui ont été suffisamment éprouvés pour être considérer comme valides et donc être enseignés aux nouveaux membres comme étant la manière juste de percevoir, de penser en relation à ces problèmes" (SCHEIN, 1985).
Il est évident que cette définition n'a pas fait l'unanimité auprès des sociologues des organisations, néanmoins elle reste la référence.
Pressentie comme une arme efficace à l’encontre des préoccupations quotidiennes de l'entreprise, la culture d'entreprise se dote d'outils d’investigation qui ont aussitôt émergés pour restituer, raffermir et contrôler ce nouveau levier.
La culture d'entreprise n'a laissé personne indifférent. Elle a simultanément mobilisé l'attention, l'exaltation et la crainte, suscitant de part et d'autre, une intense activité de nature principalement cognitive aux résultats souvent inégaux. Ainsi, en une décennie, une littérature littéralement pantagruélique a abordé et servi favorablement et parfois défavorablement ce nouveau point de vue. Une kyrielle de colloques, de conférences de séminaires a vu le jour afin de mieux cerner ce nouveau concept à la mode. Outre, cet engouement et cet enthousiasme, une position adverse s'est manifestée à son égard, spécialement en Europe, et en particulier en France.
En définitive, ces multiples tergiversations rejoignent et peuvent trouver leur expression dans un commentaire d’un roman écrit durant la deuxième guerre mondiale, à l’heure d’un fléchissement préoccupant des valeurs humaines.
"M'est avis qu'il est un peu trop question de culture à notre époque pour qu'elle soit véritablement une époque de culture. Je voudrais savoir si aux périodes de culture authentique on connaissait seulement ce mot, on le prononçait ?...Avec cela, on parle de culture, mais on ne la point." Docteur Faustus de Thomas Mann.
Cette interrogation et ce constat posent un point crucial de réflexion sur la réalité sensible de la culture d’entreprise. Les exemples concrets qui mettent en évidence son existence avant qu'il en soit fait explicitement mention, abondent en effet. Il suffit pour cela d'examiner les structures organisationnelles des entreprises et de se référer à certains textes internes, que ce soit pour SCHNEIDER avant la première guerre mondiale ou bien le contrat de programme d’E.D.F rédigé à la fin des années soixante, où sont spécifiés la mission et le système de valeurs de l'entreprise.
Jean MYON, directeur adjoint des relations sociales à RENAULT en 1953, évoque à l'usage de la Direction Générale, l'organisation générale elle-même et le sort matériel et moral du personnel. Dans son rapport il apparaît concrètement non seulement la professionnalisation progressive des relations humaines, mais aussi les grandes lignes de ce qui est désormais entendu comme étant du ressort de la culture d'entreprise.
Notamment, il est notifié que, "on doit toujours s'efforcer de faire en sorte que le personnel soit heureux d'être à la Régie, soit fier d'en faire partie", ainsi, "pour l'intéresser à la Régie, aucun événement la concernant ne doit lui être caché. Ses succès en compétition automobile notamment, ses succès techniques, commerciaux aussi. Il faut les utiliser pour accroître le dynamisme général de l'entreprise. On doit s'efforcer de faire connaître tous ceux dont parle la grande presse et qui ont des attaches quelconques avec la Régie (techniciens, coureurs automobiliste, champions dans divers sports, etc...). "
La culture n'est certes pas mentionnée. Elle reste implicite.
En revanche dans le soucis d’apporter aux décideurs une vision objective de l’entreprise, elle connaît une forte expression aux Etats-Unis. Ce qui expliquerait cette attitude négative et défensive européenne, à l'égard des principes culturalistes développés aux U .S.A. En fin de compte, il semble qu'à son propos, deux lectures spécifiques aient pris forme des deux cotés de l'Atlantique.
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Aux USA, le comportement répond à l'impératif d'avenir, tandis qu'en France, il résulte de ce qui a été; il se fabrique au quotidien, selon une orientation implicite. La culture est ainsi abordée sous l’angle causal. Plus exactement dans la première approche, le comportement figure l'effet, alors que dans la seconde, il incarne la cause. De sorte, qu'on a l'impression de se trouver en présence d’une vision à la fois double et alternative de la culture d'entreprise. Il existerait en effet,
Chacun des modèles attribue à cet effet des traits singuliers à la culture d'entreprise et élabore une sélection et un tri de ses éléments constitutifs (cet aspect importe beaucoup dans la mesure où, comme l'a spécifié S. MOSCOVICI (171,1976) "une représentation sociale émerge là où il y a danger pour l'identité collective, quand la communication des connaissances submerge les règles que la société s'est données".)
Vis à vis de la psychologie sociale en particulier de la théorie de la représentation sociale, l'intérêt que suscite les approches culturelles et culturalites de l’entreprise est synallagmatique dans la mesure où la culture d'entreprise rappelle une représentation de l'entreprise. La culture semble servir non pas de reflet, mais de médiation entre le sujet (qu'il soit à l'intérieur ou à l'extérieur de l'entreprise) et son environnement. Elle n’est pas à envisager comme un contenu représentatif, mais comme "un ordre qui donne aux individus la possibilité de s'orienter dans l'environnement social, matériel et de le dominer". A ce titre, elle instaure et assure "la communication entre les membres d'une communauté en leur proposant un code pour leurs échanges et un code pour nommer et classer de manière univoque les parties de leur monde, de leur histoire individuelle ou collective" S. Moscovici .
Pour Serge MOSCOVICI, la représentation sociale est un système de valeurs, de notions et de pratiques relatives à des objets sociaux qui permet la stabilisation du cadre de vie, l'orientation des perceptions et l'élaboration de réponses. C'est un instrument propre à catégoriser les personnes et les comportements. Claudine HERZLICH en 1969 détaille encore : "La représentation sociale agit simultanément sur le stimuli et la réponse (...). Elle oriente celle-ci dans la mesure où elle modèle celui-là". Pour DI GIACOMO (81) les représentations sociales sont des modèles explicatifs des relations entre objets sociaux. Ces modèles sont, de plus, régulateurs de la dynamique des collectivités qui la partagent. Le degré de complexité qui se dégage de ce modèle laisse la notion dans le flou. Nous y apprenons en fait que rien n'est étranger à la représentation sociale. Conséquemment à ce rapport d'homogénéité, elle traduit et détermine les groupes sociaux à l'intérieur de l'organisation. Ainsi, le propos est ici de déterminer si la culture d'entreprise, elle-même, constitue une forme de représentation sociale, pour une catégorie bien précise de personnes aux caractéristiques bien déterminées, comme les consultants ou encore les étudiants, c'est-à-dire une population qui n'est pas tout le temps dans les murs de l'entreprise.
A cet égard, l’hypothèse principale qui en découle est la suivante : il semblerait que la représentation sociale de la culture sous-tende au préalable une représentation de l'entreprise et que la représentation sociale de la culture d'entreprise sous-tende à son tour les scissions au sein de l'entreprise, qui font que la culture et parfois même sa prise de conscience n'est pas la chose la mieux partagée dans l'organisation, contrairement et paradoxalement à ce que la notion même de culture laisse entendre.
Aussi est-il intéressant d'établir le champ de la représentation, d'en localiser son existence et/ou son inexistence et d'essayer de comprendre ce que cela sous-tend. Par ailleurs nous situant dans le cadre de l'intervention avec notamment les consultants, pourrions-nous tenter de cerner les processus et la dynamique mis en œuvre dans ces cas. Ceci afin, lorsque le consultant est amené à intervenir plus ou moins directement sur la culture d'entreprise, de mettre en lumière, de voir comment s'effectue la constitution, la restitution et le cas échéant la pédagogie de la représentation sociale de l'entreprise. Car comme Le souligne MOSCOVICI S., La psychanalyse, son image et son public, Paris, PUF, 1962 (2e éd., 1976), p. 41:
"Quel que soit l'avenir des sciences, elles devront toujours subir des transformations pour devenir parties de la vie quotidienne de la société humaine. Mais il y a une cause sociologiquement plus directe pour laquelle il faut que nos sociétés s'y intéressent particulièrement et leur fassent une place à part. C'est qu'elles correspondent à des nécessités et des pratiques, qu'on pourrait qualifier de professionnelles, comme la science, la technique, l'art, la religion ont une contrepartie dans les nécessités et les pratiques professionnelles des scientifiques, ingénieurs, artistes, prêtres. Nous voulons parler de ces professions dont les membres sont des "représentants" et ont pour travail de participer à la création des représentations."
Poursuivant, l'auteur s'interroge, en effet,
"Que sont d'autres les vulgarisateurs scientifiques, les animateurs culturels, les formateurs d'adultes, etc., que des représentants de la science, de la culture, de la technique auprès du public et du public, dans la mesure du possible, auprès des groupes créateurs de science, de culture, de technique ? Que font-ils d'autres, malheureusement souvent sans le vouloir et sans le savoir, que de participer à la construction de représentations sociales ?"
Et de conclure que :
"Dans l'évolution générale de la société, ces professions ne peuvent que se multiplier. Force leur sera de reconnaître la spécificité de leur pratique. Alors verrons-nous naître une pédagogie des représentations sociales"
Au travers de sa représentation sociale, on peut s’interroger sur la réalité de cette dualité et sa dépendance envers les groupes sociaux. On peut également observer son comportement au sein et hors de l'entreprise et s'interroger sur son degré de familiarité, selon la hiérarchie. C'est ce à quoi s'attache ce présent travail.
Fondé sur des entretiens, l'objet de cette étude est de déterminer la perception de la culture d'entreprise et les contradictions sous-jacentes à cette perception.
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