20 Octobre 2001 

Donn en sa danse

 

Béjart en sa compagnie

Béjart en ses ballets

 

DONN DE LUMIERE OU LES AILES DU LION

 

 

Par France FERRAN

     

 

   
   

 

Mettre un danseur en poésie. Evoquer sa présence sensible en scène.

Au hasard des tournées, un soir de première au Liceo de Barcelone avant qu'il soit Roméo ou Oiseau de Feu. Phénix éternel comme le Poète émergeant dans la nuit toscane au milieu des Génies des Bois, DONN-PETRARQUE que Florence célébrait l'été 74.

A Paris tant de fois Nijinski rayonnant clown de Dieu.

A la Comédie-Française, le danseur-acteur devenu Apollon du Grand Siècle, le jeune monarque solaire Louis XIV dans le "Molière imaginaire" de Béjart.

A Venise enfin qui lui était maternelle, lion ailé de la Danse.

Dans la symbolique des Apôtres, le lion chemine aux côtés de Saint-Marc, patron vénéré de la Sérénissime. Comme à l'affût sur les façades des Palais, aux frontons des églises, par les campi et les fondamente, prolifère le lion ailé.

Pour le festival DANZA 75, pour le film de Béjart "je suis né à Venise", Donn sera le lion ailé de la Cité des Doges.

Parce que sa bravoure en scène, son rôle de leader paisible au sein de la compagnie en font un Roi sans échecs...

Le 30 novembre 1992

 

   

Le Roi de la pensée sans trouble

En dansant s'en est allé

Vers l'Autre Pays,

le Pays de la lumière

 

Rûmi

 

   

DONN DE LUMIERE

 
   

 

Le Danseur Unique

Soir de Gala

Le Danseur a dit

Le Spectre de la Rose

Trionfi

Venezia

Lucifer-Icarios

Les Vainqueurs

 

   

LE DANSEUR UNIQUE

   

Voyage indiscret et tendre

au coeur d'un printemps chaud.

Celui où l'Arbre à Soleils

a projeté ses bienfaits.

A nos avances, il répondra

par son image la plus simple,

dessinée sur le noir du ciel

et tenant tête au vent

et à la pluie qui dévorent.

 

   

SOIREE DE GALA

   

 

 

Il est descendu très tôt de sa loge.

Sur le plateau nu, la stricte lumière de service.

De sa démarche apollinienne, Donn parcourt le parterre.

A la peluche du fauteuil se berce sa nuque

Il doit parler pour chaque habitué qui loua ce siège.

 

- Le Soleil donne ses fêtes de nuit. Hâtez-vous

de vous hisser dans sa gondole d'apparat.

Il déteste attendre..;Le port est en vue,

mais ce soir, mon royaume est ailleurs

A l'improviste, des flocons voltigent

au carreau de sa mémoire -

rêves, mirages ou songes, son répertoire...

 

Illuminations, des masques se disloquent

A l'orée du Bois-Chenu, Notre Faust

devient une bergère à apparitions.

Ce que l'Amour me dit, les sexes sont en paix,

nulle trace de rébellion.

Héliogabale vient d'embraser un paysage de neige.

Quelle posture prendre devant la mort reconnue ?

La nuit descend, le rideau tombe.

Oh! le rire déplacé de l'été.

Colère d'amour, à l'aplomb de sa vie,

il bondira dedans la fosse

où nulle musique ne l'attend.

 

Photo copyright Toni Catany

   

LE DANSEUR A DIT

   

Mon avenir est dans un océan

Je suis dans l'attente..

Quand la danse me mènera

bien au-delà de ma vie

je serai l'oiseau de mer

partant régner

sur des contrées sans âge 

 

Mon ardeur couvrira 

des cycles d'hommes.

Je toucherai la terre

un tant soit peu.

Et les jours passant sur les jours

seront décrétés 

Fêtes d'Innocence.

   

LE SPECTRE DE LA ROSE .... ou la Rose elle-même à son Nijinski

   

(Paris, avenue Montaigne, Théâtre des Champs-Elysées où Nijinski dansa le Spectre de la Rose- personnage repris par Béjart dans Nijinski Clown de Dieu, où Donn était Nijinski.)

- Par-ci, par-là, des brindilles

parmi tes mèches-pétales,

des coquillages dans tes mains,

sous ta langue des mots qui grondent.

- A quoi bon le Soleil sans son ombre,

l'Amour ôté du hasard de mes doigts ?

- Bien-Aimé, pourquoi es-tu parti ?

- Comment poses-tu question pareille

à un héros déchu ?

 

- Grâce, grâce ! supplie la Femme-Enfant,

sors à jamais de ton théâtre,

prends l'avenue aux marronniers fleuris.

Sur le banc, assise en plein midi,

je suis ta Soeur de Joie, ta guérison naturelle.

 

Enlace à mes arbres ton entrechat royal.

- Je viens d'un monde trop sensible.

- Vois cette nuée qui nous entoure.

Comme ensorcelés, tes milliers de pas

proclament ta Danse. Prenons leur route !

   

TRIONFI

Nel cor pien d'amarissima dolcezza- Petrarca

Les Triomphes, ballet de Béjart, musique de Berio, d'après TRIONFI, poèmes de Pétrarque -Festival Maggio Fiorentino, 1974, 600ème anniversaire de la mort du poète.

 

   

 

Nous allions vers toi et c'est ton corps qui disait tout.

Dans un parc de Florence, l'éblouissement de ton triomphe

quand tu dansais Pétrarque en cape et chaperon de pourpre.

Sur son char, la Renommée désignait-elle un Poète à l'Eternité

ou ta jeune sagesse droite ?

A la mi-temps de ton histoire, comment croire à ton départ ?

Du bout des doigts nous touchons toujours ta joie de vivre-

ce beau visage léonin se riant de nos frayeurs, de nos lâchetés.

cette démarche calme dans laquelle parfois une brisure,

comme une attente, syncope les pas assurés.

 

Ta puissance tranquille affichée sans outrance.

Déjà une légende se dessine qui portera ton nom.

 

   

VENEZIA

L'Ange Heurtebise, Ballet de Béjart, livret de Jean Cocteau avec Jean Marais et Jorge Donn, 1972

- Je suis né à Venise, film de Béjart, 1975.

   

 

Le chant viril du campanile se mêle

aux stridences exaspérées des mouettes,

leurs cris sont des voix d'enfants mal-aimés.

D'avoir vécu à Venise ces heures d'été

où tu jouais devant la caméra

avec ta nonchalance feinte,

ravive tous nos deuils.

 

Campo San Polo,

tu es le Baladin à l'habit rouge

bondissant sur le sol bosselé.

Un chaton câlin vient frôler tes bottes

et tu le niches au creux tendre de ton bras.

Giardini, San Michele...

Comme l'Ange Heuretbise

revêtu de mousseline diaprée,

je te vois, passant au-dessus des tombes

sur le chemin d'avoines folles,

t'élancer vers Stravinski et Diaghilev,

que cerne la Lagune.

 

Ton regard ambré de jeune dieu candide

brûlait d'une seule question : où est la Vie ?

Aujourd'hui, avant nous, n'es-tu pas

le Messager et Sa Réponse ?

 

   

LUCIFER - ICARIOS

Lucifer- Icarios, deux rôles dansés par Donn dans "Notre Faust" de Béjart-Bruxelles, 1975

 

   

 

D'un invisible sanctuaire fuse

 

 

D'un invisible sanctuaire fuse

un cantique marial produisant

une grande paire d'ailes

dans un arc-en-ciel frémissant.

 

C'est un Ange d'une athlétique beauté.

Sa face est comme le soleil,

ses jambes, deux colonnes de feu

et il rugit tel le Lion de l'Apocalypse.

 

Un spasme a crispé son front

de savant séraphique, son haleine

cingle le gris du ciel qui ondule.

Dans sa chute promise, je sais

qu'il y a le berceau de nos jours.

 

   

LES VAINQUEURS

-Il ne fait jamais nuit quand tu meurs- René CHAR

 

   

 

 

 

 

Frère danseur, tous feux éteints

béni sois-tu d'être présent parmi

toutes choses -enclaves autant qu'îles.

 

Le sang chante en nous pour exiger,

mais toi, que contestes-tu ?

Pourquoi te suffit-il d'être

au pourtour de nos lèvres,

dans la flèche de mon pas?

 

Tu vas, tu lances tes regards,

j'y agriffe le safran d'un dimanche,

d'un dimanche de sacre.

Frère danseur, au détour de la route,

Tu es mon paysage inaltéré.

 

 

Un grand merci à France Ferran qui m'a témoigné sa confiance et m'a confié pour les publier ici, ces magnifiques poèmes si remplis de lui, de ce "prodigieux danseur-acteur", DONN qui éblouissait par son humanité et douceur qui le regardait danser. Riches de lui, ils sont désormais un instant dans sa vie de Danseur pour que vive sa danse.

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JORGE DONN  

Jorge Donn en sa danse

Donn de Lumière ou les ailes du lion par France Ferran


BEJART EN SES BALLETS

Béjart en sa compagnie

Malraux ou la métamorphose des dieux  

1789 et Nous

 Pyramide   

 Le Presbytère n'a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat  

Son plus récent ballet "Lumière"

 Le monde de Béjart


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